(L'analyse que je fais sur la peinture d'Edward Hopper est toute personnelle. Complètement autodidacte en la matière , mais tellement passionnée par ce peintre et après de longues observations de ses tableaux j'en fais mes propres théories et mon propre avis ! Je me trompe peut être et les grands spécialistes d'art pourront certainement s'offusquer de mes dires. C'est tout simplement mon ressenti sur celui que je considère comme un artiste formidable.)

Il est non seulement un peintre mais un grand narrateur au sens inouïe de la mise en scène. Quelle maîtrise dans cette façon unique de faire entrer la lumière, de jouer avec les ombres ... 

Notre imagination peut allégrement s'envoler et l'on peut tout supposer en regardant les personnages d'Eward Hopper ! 

Ses tableaux révèlent les sentiments profonds du couple, de l'amour, de la solitude que peut engendrer l'abandon. 

C'est non seulement l'Amérique des années 30 à 50 que l'on peut découvrir dans les tableaux d' Edward Hopper , mais surtout l'être humain avec ce qu'il a de plus profond. 

Excursion into philosophy

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Dans ce tableau ci-dessus, "Excursion into philosphy" deux personnages ! L'homme assis sur le bord du lit réfléchit. Un livre à sa droite. La lumière entre dans la pièce par cette fenêtre (comme souvent dans les tableaux d'Hopper la porte, la fenêtre orchestrent l'ambiance du tableau), elle éclaire une partie du pied gauche de l'homme et son pied droit complètement dans l'ombre comme en attente, en retrait... La femme est alanguie, dénudée tournant le dos à celui qu'on suppose être son amant ! L'homme se pose des tas de questions, semble faire un constat, semble philosopher ! Ses mains posées sur ses cuisses. La fenêtre ouverte laisse la lumière entrer et surtout met en opposition l'intimité du couple et l'ouverture sur le monde .... Tant d'interrogations doivent assaillir cet homme. Mais la femme allongée n'en pense certainement pas moins, même si elle semble détachée de ce qui se trame dans la tête de celui qui s'interroge, sur le bord du lit comme sur le bord de sa vie. 

Summer evening (1947)

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"Summer evening" autre ambiance, plus sombre. La lumière est peu présente. L'homme et la femme légèrement vêtus semble en grande discussion. Les regards ne se croisent pas mais sont baissés. La fenêtre à moitié fermée, la porte complètement ne nous laissent pas entrer dans leur intimité. J'imagine que leur discussion semble importante et intime et que personne ne doit les écouter et donc tout est fermé comme pour isoler le couple du reste de la famille. On peut imaginer des enfants qui dorment dans la maison par exemple. Une nuit d'été chaude à l'atmosphère lourde ! Est-ce les prémices de la fin d'une histoire, une mise au point entre deux être qui vivent ensemble ? Tout est pesant tout de même et cette manière d'imposer l'ombre plutôt que la lumière accentue le moment solennel entre ces deux êtres ....

Room in New York (1932)

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Pour ce tableau, "Room in New York" on regarde la scène de l'extérieure vers l'intérieure de la chambre du couple, grande fenêtre ouverte. L'appartement est éclairé et l'on ressent le confinement de ce couple. La femme semble s'ennuyer et promène ses doigts sur le clavier du piano, comme résignée, voulant rechercher le dialogue avec l'homme, car le haut de son corps est tourné vers le piano mais le reste semble s'ouvrir à l'autre pour engager la conversation tant attendue. Ce dernier, se contente de lire concentré son journal, n'apportant pas d'attention à sa femme. La table ronde entre les deux marquent la distance physique mais aussi psychologique entre les deux personnages. Une distance a pu se créer, après s'installe un quotidien pesant et des habitudes sclérosantes pour le couple . La femme semble pleine d'amour encore pour son mari mais lui ne semble pas y prêter beaucoup d'attention. La lumière fait ressortir la coquetterie de la femme habillée d'une jolie robe aux couleurs vives et la tenue austère de l'homme ressortir son dédain pour l'autre qui ne l'attire plus. Un triste constat sur ce que deviennent souvent les relations entre un homme et une femme. J'imagine les notes désespérées et mécaniques que la femme distille aux oreilles hermétique de son mari.

 

Summer interior (1909)

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 On dit souvent d'Edward Hopper qu'il est le peintre de la solitude. Je pense que c'est vrai. Ici dans "Summer Interior", on peut bien s'en rendre compte. Souvent la solitude existe même si l'on vit avec quelqu'un , comme le démontre le tableau ci-dessus. C'est aussi la solitude suite à l'abandon. Cette jeune femme pantelante, assise sur les draps du lit défait, qui nous montre une partie de son intimité semble esseulée, abandonnée après le départ de son amant. Elle repense à sa fuite, à ce qu'elle a pu vivre avec lui. Elle a bien l'air dépitée. Il faut noter que ce tableau de 1909 situe le début du travail de l'artiste. Les contours ne sont pas francs comme dans le reste de son oeuvre. A cette époque, Hopper fait un séjour à Paris et revient transformé et impressionné par le vieux continent. Il visite les musées et s'interessent aux maîtres impressionnistes et aux maîtres néerlandais (Vermeer, Rembrandt). Mais on trouve déjà dans ce tableau la patte de Hopper. La lumière, ici à droite du tableau qui reflète par terre. Les éléments d'architecture, le mur avec la cheminée, les persiennes sur le même mur ! Ce personnage dont on ne voit presque pas le visage, semble en attente et en pleine incertitude, tourné tout de même vers la lumière. Est-ce une fille qui vit de ses charmes ? Elle ne semble pas farouche et avoir peur de nous dévoiler son intimité ? Elle est à la fois lasse et en attente. Peu importe qui elle est , elle est seule ...

 

Voilà ces quelques tableaux du grand Edward Hopper. Mes analyses personnelles d'aujourd'hui me donnent envie de continuer le projet que j'ai dans la tête depuis longtemps sur les tableaux et l'oeuvre de Hopper.... 

 

Véronique Blandin